Le Bleuet est-il déjà condamné ?

13 juin 2018
Jean-Luc Chovelon

Faut-il que des trombes d’eau coulent sous les ponts pour, qu’enfin, je sorte de mon igloo étanche et reprenne le cours de ce blog ? Faut-il que les événements sportifs de ce début de printemps pourtant si riche ne suffisent pas à ma réflexion pour que je reste endormi tel la Belle au bois dormant attendant quelque chose (ou quelqu’un) qui en vaille vraiment le coup pour sortir de ma léthargie ? Le Réal, Castres, Nadal, Golden State, les Bleus du ballon rond et ceux de l’ovale, les décès de Francis Smerecki et d’Yvette Horner… tous ces événements tristes ou joyeux n’auront pas eu raison de mon sommeil.

Alors quoi ? Qu’est-ce qui a bien pu me réveiller ? Le mail d’un pote m’ordonnant de sortir du hamac sous peine de faire sauter ma maison ? Ou plus vraisemblablement, la victoire du Bleuet contre le Baby Black, hier, en demi-finale de la Coupe du Monde des moins de 20 ans ? Les mauvaises langues diront que, parfois, un bruit minuscule parvient à vous réveiller au milieu d’un brouhaha persistant…

Comme un pot de caviar

Voir du Bleu concasser du Noir est un spectacle télévisuel aussi rare que surprenant. Hier soir, à dire vrai, en plein zapping et tombant sur les images de ce match, j’ai d’abord vérifié si je n’étais en pleine pub pour un déodorant quelconque ou, mieux, sur une chaîne comme Syfy. C’était bien du rugby, c’était bien du direct, c’était bien du réel. Profitant du ronflement de ma blonde, j’ai donc persisté. Même si le sport me démange moins que naguère, j’ai néanmoins conservé quelques frétillements chatouilleux lorsque le sujet en valait la peine. Et là, assister à une victoire française face aux Néo-Zélandais dans un match de rugby, c’est comme découvrir un petit pot de caviar au fond d’un frigo vide. Ou un Pétrus entre deux bouteilles de jus d’orange.

Un Bleuet à l’avenir sombre

Prenant mon plaisir à deux mains, j’ai donc dégusté. Dans le bon sens du terme. Et, vous me connaissez, je me suis aussi mis à travailler du ciboulot. Peut-on imaginer, dans quelles années, que ces Bleuets devenus Bleus rééditent pareille perf face aux vrais Blacks, plus du tout Baby ? Parce que, soyons clair, le matériau (si tant est qu’on puisse ainsi qualifier ces gamins qui puent le rugby) est de belle facture et autorise de logiques espoirs.

Oui mais voilà, sans faire preuve d’un pessimisme réservé aux dépressifs chroniques, la réalité a de fortes chances d’être toute autre. Car, c’est une certitude, la différence entre les futurs Bleus et les futurs Blacks va se faire maintenant. Car chez nous, à part quelques cas particuliers, le Bleuet risque fort de ne plus progresser, faute de jouer. Les cadors de notre championnat préférent rentabiliser les pré-retraites dorées des étoiles filées que de parier sur l’avenir. Alors quoi ? Imposer des quotas ? Contre productif. Conserver cette génération de joueurs dans un écrin ? A charge de la Fédération, par exemple, et imposer aux clubs leur temps de jeu. Intéressant, mais faudrait commencer par rétablir le dialogue entre le Fédé et la Ligue. Les envoyer tous en Nouvelle-Zélande, ou sur Mars, continuer leur progression ? Et pourquoi pas…

Ca fait beaucoup de questions philosophiques pour un réveil. Je vais aller me prendre un petit café bien Black…

Jean-Luc Chovelon

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2 Comments. Leave new

Rivière J-Louis
13 juin 2018 14 h 43 min

Tout d’abord merci pour ce vent de fraîcheur et de plaisir, surtout avec l’image de la Belle au bois dormant. Un instant je t’ai imaginé avec une superbe robe blanche, allongé sur un lit de fleurs avec tes gracieux mollets dépassant du tissus soyeux, tes mains délicates entrecroisées et surtout un menton en manque de rasoir depuis 3 jours… et je ne sais pas ce qui m’a le plus interpelé.
Je suis persuadé aussi que ta prose a beaucoup plu, surtout à ta moitié quand elle a terminé ses vocalises.

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Il faudrait surtout que les gens qui gèrent le rugby (et le dégénèrent) soit issus du rugby (avec des compétences et des valeurs). Ou soient honnêtes… Et si c’est les deux c’est encore mieux.
Je te dis ça mon cher Jean-Luc, parce que je suis content que tu retrouves ta verve et ton blog, mais je suis au regret de te dire que ce rugby-là, j’en suis parti depuis dix ans !
Amitiés

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