Le handball français sur le toit d’un petit monde

2 février 2015
Jean-Luc Chovelon

Hop là ! Rangez vos ergots, couteaux et autres tronçonneuses, ce titre un brin provoc ne cherche en rien à minimiser l’exploit des handballeurs tricolores ce dimanche au Qatar. Cette victoire mondiale cinq étoiles s’ajoutent aux trois victoires européennes et aux deux titres olympiques d’une équipe hors-norme, coachée par un type, Claude Onesta, qui affiche des valeurs peu courantes dans la stratosphère où il évolue sportivement. Je le sais, j’ai pu partager quelques unes de ces journées pour rédiger un ouvrage lui étant consacré (Les Experts, une tribu d’hommes libres, Ramsay, 2012)…

La longévité de la performance fait figure d’ovni dans le monde du sport mondial : sept titres internationaux majeurs (championnats d’Europe, du Monde et Jeux Olympiques), lors des sept dernières années, depuis les Jeux de Pékin pour être exact, voilà qui calme les plus talentueux des orpailleurs et autres “chercheurs de perf”. Et si le monde du handball n’a pas l’étendue de celui du foot, il serait aussi injuste que faux de croire que la chose est aisée. Malgré le contre-exemple de cette équipe du Qatar, sortie tout droit d’un porte-monnaie bien garni, pour venir décrocher une médaille d’argent lors de “son” Mondial avec une équipe constellée de joueurs étrangers. Comme si quelques pétrodollars suffisaient pour bouleverser un ordre régie par une poignée de nations européennes…

Comme beaucoup de mets rares, la performance sportive a besoin d’un cadre pour révéler ses ultimes saveurs. Avec ce règlement liberticide pondu par une fédération internationale, l’IHF, décidément peu inspirée, qui permet à tout joueur international de porter le maillot d’un autre pays trois ans seulement après sa dernière sélection, le doute sur la réelle valeur des équipes est malheureusement permis. Pourtant, et c’est sans doute encore plus grand exploit que ce énième titre tricolore, la performance d’un autre coach, Valero Rivera, le sélectionneur du Qatar et ancien entraîneur de Barcelone et de l’équipe d’Espagne, est tout bonnement énorme. Car réussir à monter de toute pièce une équipe finaliste du Mondial avec des joueurs de seconds choix dans un pays qui ne compte que quelques centaines de licenciés, relève de la gageure.

Toujours est-il qu’à ce jour, si l’apparition d’une nouvelle nation dans le concert des grands du handball est une bonne nouvelle, les conditions de ce mirage laissent perplexe. Pas sûr que le handball en sorte grandi. Même si l’affaire n’altère en rien la richesse de ce festin de  roi que les handballeurs français dévorent inlassablement au fil des ans.

Jean-Luc Chovelon

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