Le rêve aux sportifs

14 mars 2016
Jean-Luc Chovelon

244HEn mettant un peu d’ordre dans les coulisses de ce site qui, vous l’avez peut-être noté, a évolué ces derniers temps, je suis tombé sur ce portrait de Jean-Pierre Rives (que vous pouvez retrouver dans le rubrique Ecrits d’ailleurs). Et de me souvenir de cette journée assez fabuleuse passée avec “Casque d’or”, icône de mon enfance. Ce qui rendait cette rencontre assez curieuse d’un point de vue émotionnel… En parcourant cet article paru quelques semaines avant la Coupe du Monde en France en 2007, je relis ces mots qu’il avait prononcés, je m’en souviens, à la table de sa cuisine dans sa maison de Saint-Raphaël, table devant laquelle nous avions passé une bonne partie de la journée à échanger à bâtons rompus et à nous saturer de café : “Le danger, en rugby, c’est le pouvoir aux mains de gens qui oublient qu’ils n’ont jamais joué. Ceux qui viennent au rugby pour l’épicerie me gênent parce qu’il peuvent tuer le clown qu’on a dans la tête.” Je n’ai jamais oublié ces phrases. Et je ne manque pas de les confronter à l’actualité galopante, celle du rugby surtout, lorsque l’occasion se présente.

Il est clair que le rugby d’aujourd’hui est peuplé d’assassins de clowns. Ce n’est pas une tare, encore moins un virus, c’est la juste évolution d’un sport qui, l’instar de bien d’autres, se nourrit exclusivement ou presque de professionnalisme. Les argentiers du rugby pro, présidents et mécènes de clubs aux ambitions siliconées, sont ces tueurs de rêves d’enfants quand ils en oublient d’où ils viennent. L’argent qu’ils introduisent dans le rugby, via leur club, leur sert parfois à s’acheter une légitimité : celle de faire partie de ce monde, ce qu’ils sont sans conteste du moment qu’ils s’intéressent au jeu, mais surtout celle d’être un “frère de combat”, selon l’expression de Jean-Piere Rives, ce qu’ils ne sont pas ou qu’ils ne sont plus si, malgré quelques souvenirs en école de rugby, ils demeurent des tueurs de clowns… Je ne sais pas pourquoi je vous parle de ça. Peut-être parce que je vois en Guy Novès un réhabilitateur de clown, au contraire de quelques uns de ses prédécesseurs, malgré une défaite du XV de France consommée par manque de rêves. Peut-être parce que j’en ai un peu marre de cet hiver qui n’en est pas vraiment un mais qui n’est en aucun cas un printemps.

Les fabricants de rêves sont pourtant légion. Encore cette semaine, avec les biathlètes tricolores, Marie Dorin-Habert et Simon Fourcade qui ont fait fort aux Mondiaux en Norvège, ou encore, même si c’est passé presqu’inaperçu, la victoire de Maurice Magnificat en ski de fond (poursuite 15km), premier Français à remporter une victoire en style classique en Coupe du Monde. Mais au chapitre “véritable exploit dont personne ne parle”, il y a les 9 sec. 98 du Sud-Africian Wayde van Niekerk aux 100 mètres. Pas ce temps en dessous des 10 secondes, même s’il n’est pas donné à tout le monde, mais parce que ce sprinteur est le premier homme à courir moins de 44 secondes aux 400 mètres (43 sec. 48), moins de 20 secondes aux 200 mètres (19 sec. 94) et, donc, moins de 10 secondes aux 100 mètres.

Si c’est pas du rêve, ça…

Jean-Luc Chovelon

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