Le volley nous envole

11 janvier 2016
Jean-Luc Chovelon

DSC_0007_1250Rappelez-vous. Cours de sport, (d’EPS, pardon !). Quand arrivait le cycle de volley, on savait qu’on allait pouvoir souffler. Discuter avec des potes tout en jouant. Draguer aussi, parce qu’on pratiquait bien souvent tous ensemble. Et pour peu que la séance suive une heure d’endurance, à courir autour du terrain sous l’œil policé du prof qui jouait du sifflet comme un gendarme au milieu d’un carrefour, le volley était tout bonnement synonyme de repos. J’ai pourtant le souvenir d’avoir eu des profs supers calés en volley. Au point de m’être fait enrôler dans l’équipe du collège et d’avoir même décroché avec mes potes, un titre de champion d’académie. Je devais être en 5ème ou en 4ème et, déjà, ma taille n’annonçait pas une grande carrière dans ce sport. Je bondissais tel un cabri un peu gauche, finissant bien souvent dans le filet comme un gobie pêché au large du Frioul. Mais j’aimais ça, vraiment.

Las de devoir lever la tête pour chercher le ballon dans le ciel, j’ai par la suite trouvé un sport où il fallait plutôt la baisser. Ça tombait bien, à cause de  ma taille, ma tête était plus proche du sol que des étoiles. Sans avoir les chaussures qui sentent la brillantine (les connaisseurs savoureront la référence au Cirque Bobinard, invité permanent des troisièmes mi-temps durant mon jeune âge), j’étais plus taillé pour la lutte au sol, le combat de tranchées, que pour la voltige aérienne. J’ai donc abandonné l’inatteignable air des cimes du dessus des filets pour le souffle rance du cœur des mêlées. Et j’ai quitté le volley de vue, quelques potes de fac cadors de la discipline essayant néanmoins de redescendre, de temps en temps, sur la planète des sports terriens, ils étaient devenus des extra-terrestres…

Et puis, l’âge aidant, j’ai retrouvé le volley. Pas sur la plage, ce qui aurait pu être le cas, mais plus raisonnablement à la téloche. Et là, je suis une nouvelle fois tombé sous le charme. Mon physique ingrat dans ce monde aérien n’étant plus vraiment un problème (on a, à peu près, tous la même taille, engoncé dans le canapé !), j’ai pu goûter aux charmes de ce sport, taillé et écrit pour la télé, option cacahouètes et pastaga. Le Tournoi de Qualification Olympique qui s’est déroulé ces cinq derniers jours et auquel l’équipe de France (masculine) a participé, n’échouant qu’en finale, était sans conteste un beau moment de sport. De ceux que je goûte, en tous les cas…

Mieux, ça faisait un bail que je n’avais pas vibré de la sorte. Il faut dire que cette équipe de France est assez exceptionnelle et pratique un jeu qui vous donne la banane. C’est peut-être ça que j’aime le plus dans ce sport, les joueurs d’une même équipe n’en finissent pas de se taper sur l’épaule, de se féliciter, de se soutenir, de s’encourager entre eux. Je ne connais pas de sport où on positive autant le moindre point marqué, du smash déposé en terrain adverse au contre rageur. J’ai fait un petit calcul : à raison de 25 points inscrits, au minimum, par set gagné, et de trois sets pour remporter la rencontre, les joueurs d’une équipe victorieuse se congratulent au moins 75 fois par match mais ça peut être 50 fois de plus en cas de victoires en cinq sets serrés… Ça doit être le top d’être autant encouragé, ça doit vraiment faire chaud au cœur.

Par contre, si j’avais une critique à faire depuis mon canapé, c’est l’incompréhension de ce système de qualif. Pour preuve que les dirigeants mondiaux de ce sport, anciens volleyeurs sûrement, n’ont pas le sang qui irrigue correctement leur cerveau, c’est ahurissant de voir qu’un seul tournoi de qualification olympique, n’offrant qu’un seul ticket au vainqueur, réunisse en même temps l’équipe championne olympique en titre (la Russie, vainqueur dimanche de la France en finale), l’équipe championne d’Europe en titre et vainqueur de la dernière Ligue Mondiale (la France) et l’équipe championne du monde en titre (la Pologne)… Le tout, au bout milieu d’une saison qui n’a jamais de fin pour les meilleurs. Et ce n’est pas tout : la France, qui n’a donc pu décrocher son billet pour Rio à cette occasion, aura une nouvelle chance au mois de mai au Japon… Bienvenue aux jeux du cirque.

J’aurais pu vous parler de Martin Fourcade, biathlète extra-terrestre qui a encore éclaboussé de sa classe la discipline ce weekend, du rugby français qui a retrouvé un appétit européen, même si Toulon a frôlé la correctionnelle, de la désignation du Ballon d’Or qui me fait autant d’effet qu’une tête de veau en gelée ou d’autres choses… Mais avec le volley, j’ai retrouvé à la fois ma paresse d’ado et le goût du jeu.

Un joli paradoxe.

Jean-Luc Chovelon

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