Les marins ont un secret et moi, un plaisir minuscule…

7 avril 2015
Jean-Luc Chovelon

Avez-vous déjà vécu, comme moi, de ces moments qui vous entraînent dans un état de bonheur instantané sans trop savoir pourquoi ? Une odeur, une lumière, un son ou, plutôt, un mélange subtil de sens pour un plaisir instantané, parfois teinté de nostalgie, mais qui a toujours la couleur du bonheur du moment. Du genre “La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules” de Philippe Delerm mais en rapport, de près ou de loin, avec le sport. J’en ai un, par exemple, c’est l’odeur mélangé du camphre, de la sueur et de l’herbe coupée, un parfum de vestiaires d’après-match qui me saisit chaque fois que mes narines croisent l’effluve et m’emporte plusieurs décennies en arrière, entre un match de rugby où mon équipe et moi-même, nous nous étions livrés corps et âmes pour tenter de changer le monde, notre monde, et un comptoir où nous le refaisions jusqu’à plus soif…

J’en ai un autre, de ces moments magiques. Plus récent, plus “intellectuel” qui m’est revenu dans la face pas plus tard que ce week-end. C’est le ponton d’une régate dans les moments qui suivent la rentrée au port des bateaux, un lieu où un joyeux capharnaüm s’organise, éclairé par des visages irradiant d’un plaisir secret vécu sur l’eau et buriné par le soleil et le sel des embruns. J’ai toujours été intrigué par les marins cachant un fabuleux secret derrière leur mutisme ou, tout du moins, leur fatigue. Cela vaut, bien  sûr, au retour d’un tour du monde ou d’une transat mais aussi, très curieusement, après une seule journée passée en mer, à quelques encablures d’un port qu’ils n’ont jamais quitté des yeux.

Ce week-end, comme toutes les années au moment où les cloches de Pâques donnent du carillon, la même régate rassemble, à Marseille, les voileux de la Méditerranée et, parfois, d’un peu plus loin. La SNIM est un joyeux rassemblement de marins de toutes tailles. Les grands, comme Lionel Péan ou Bertrand de Broc, qui renvoient en filigrane les mystères du bout du monde qui m’intriguent tant, un bout du Cap Horn jaillissant ici de leur regard, quelque tempête ponctuant là une phrase restée en suspens… Et puis il y a aussi les petits. Il n’y a pas de petits marins, juste des bateaux moins grands que d’autres. Mais chez eux aussi, le rire a le goût du sel et le mystère entoure l’inracontable…

Un jour, le monde entier découvrira le mystère des marins. Un jour, sera révélé ce qu’ils rencontrent sur l’eau, le peuple des sirènes, les créatures fantastiques et le chemin qui mène tout droit à l’Atlantide. Un jour, je saurai.

Mais en attendant, je vais continuer à cultiver mes plaisirs minuscules.

Jean-Luc Chovelon

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