L’exploit de l’hiver est volatil en rugby

26 janvier 2016
Jean-Luc Chovelon

rugby-ball-1528113-1280x960Voilà le Rugby Club Toulonnais qualifié pour un quart de Coupe d’Europe. En voilà un scoop ! Sûr que le supporter endormi par les habitudes, métro-boulot-victoires, ne relève pas la gageure. Normal, triple champion en titre d’une compétition continentale disputée par les Grands Bretons et les Français, on voit mal comment le RCT ne pourrait pas être dans le Top 8 cette année. Et puis, à force de chanter l’exploit, il est évident qu’il se banalise. Devenir une nouvelle fois champion d’Europe ? La belle affaire… C’est comme si un « Sébastien » n’était pas champion du monde des rallyes, que le PSG devait perdre son titre de champion de France ou encore que les handballeurs tricolores tombent de leur piédestal. Il y a des trucs, comme ça, qui paraissent éternels dans un monde, celui du sport, qui se distingue pourtant par son caractère volatil et éphémère. Et pourtant…

Plombés par une déculottée inaugurale sur le terrain des guêpes britanniques (les WASPS), les rugbymen toulonnais étaient condamnés au sans-faute pour espérer défendre leur titre lors des phases finales. Tout gagner à la piaule, mais aussi sur le terrain de Bath et du Leinster. Et pour bien faire, chopper quelque points de bonus par-ci par-là. Les Varois ont donc réussi à enchaîner cinq victoires d’affilée, mais pas à prendre le moindre point de bonus pour, au final, se qualifier pour un quart mais sur terrain adverse. Il est difficile d’imaginer combien la permanence de l’exploit relève du détail et combien ce détail est parfois difficile à décrocher.

Pour le coup, donc, les Varois se rendront en banlieue parisienne pour jouer leur quart face au Racing. L’Europe n’est pas immense mais Paris est carrément tout proche de Toulon dans le monde d’Ovalie. De plus, l’adversaire, adepte du « Boudjellisme » avec sa cohorte de stars parmi lesquelles Dan Carter prend l’essentiel du soleil, arrive à maturité dans son jeu. L’avenir lui est promis, mais personne ne sait vraiment quand cet avenir commencera.

Le mois d’avril, quand se joueront ces quarts, c’est déjà un autre monde. Toulon aura peut-être mis un peu plus d’ordre dans son jeu et basculé en mode « phase finale » et aura sans doute récupéré quelque atout de valeur comme Matt Giteau ou Leigh Halfpenny. L’essentiel, pour l’heure, c’est donc d’avoir pris un ticket pour le printemps. En attendant, les affaires domestiques vont revenir à la une de l’actualité, le Tournoi des VI Nations va reprendre ses droits et mettre en exergue le rugby tricolore et ses questions d’ordre existentiel (pourquoi le rugby français n’est-il pas la hauteur des attentes ?). On va oublier pour un temps, cette compétition pour y revenir avec un nouvel appétit plus tard, quand le soleil nous titillera les hormones et que l’odeur des saucisses emplira les abords des stades…

Alors, seulement, les exploits de l’hiver seront jetés aux oubliettes et on se projettera dans une autre dimension, en quête de bouclier, de coupe ou, plus généralement, de paillettes… Et on se dira que rien n’est plus normal que Toulon enchaîne un quatrième titre européen. Ou pas.

Jean-Luc Chovelon

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