La performance à réaction, l’antithèse du manager

1 mai 2017
Jean-Luc Chovelon

Les puristes l’abhorrent parce qu’ils ne la maîtrisent pas. Un peu comme un flacon de nitroglycérine échappé du “Salaire de la peur”, prêt à exploser à tout moment. Pourtant la performance à réaction, celle qui s’inscrit après une défaite, une désillusion ou tout autre triste moment, est au sport ce que les pépins sont au raisin : une permanence, une évidence voire une nécessité. Là, vous êtes en train de vous demander ce que j’ai en tête. Parce qu’évidemment, je ne vais pas vous sortir un truc de ce genre comme ça, par hasard, comme on tomberait sur une baraque à frites en plein désert. En fait, je pense au Stade Français…

Voilà un club qui, il y a quelques semaines encore, était moribond au point que son président, sans doute à bout d’arguments et lassé par une dépense d’énergie se perdant dans les tréfonds du cosmos, s’était mis en tête de l’offrir en pâture au voisin ciel et blanc (le Racing, pour les endormis) dans un mariage sans contrat. Piqué au vif par un dard gorgé d’un venin qui devait se révéler salvateur, le club du 3ème âge se voit retrouver une jeunesse éclatante pour balayer d’autorité le souhait présidentiel et s’offrir une fin de saison tonitruante.

A poil au championnat, ou presque, au moment du lâchage présidentiel avec une seule victoire en cinq rencontres, le club parisien a inversé la tendance en engrangeant quatre victoires lors des cinq matchs qui ont suivi et se qualifiant, au passage, pour une finale de Coupe d’Europe, ce qui n’a rien d’anecdotique. Comme quoi, le réveil des hormones, cela a du bon, pourvu qu’on soit doté des glandes nécessaires…

Penser au repas suivant en plein festin…

Lorsque le manager en culotte courte élabore le scénario de la saison dont il rêve, évidemment, il n’imagine pas ce genre de situation. En général, la montée en puissance est linéaire, calculée et paramétrée aussi minutieusement qu’une horloge suisse sous les louanges du président et du trésorier du club mais devant les bâillements des supporters. Car il faut l’avouer, il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une équipe qui doit gagner et qui gagne. Personnellement, je préfère les boiteux qui se révèlent être des champions que des as qui n’ont rien d’autre à prouver qu’ils en sont effectivement…

Je me souviens de certaines discussions avec Claude Onesta, manager d’équipes de France de handball pétris de talents dont l’objectif avoué pour chaque compétition était de rester assis sur le toit du monde, en gardant toujours un temps d’avance sur les adversaires. Son raisonnement m’avait ébouriffé mais je dois avouer que j’ai du mal à penser au repas suivant lorsque je suis en plein festin, cela tue une bonne partie du plaisir simple de profiter du moment.

Le Stade Français, donc, a réussi cet indicible exploit de sortir le pied de la tombe pour faire la java. J’aime ça. D’autant plus que, il faut regarder les choses en face, les jours de ce club ou, tout du moins, de la génération de joueurs qui en porte le maillot aujourd’hui, sont comptés. Si le Stade Français existe encore demain, et rien n’est moins sûr, il ne sera jamais plus ce qu’il est aujourd’hui. Pas meilleur ni moins bon, juste différent.

Ne rien oublier

Et là, franchement, on touche à ce qu’il y a d’unique dans le sport, la fulgurance de ces moments de bonheur aussi volatils qu’éphémères, que rien ne peut préserver si ce n’est une sensation qu’on voudrait graver dans notre mémoire, qu’on voudrait enfouir et ranger dans un tiroir plein de coton afin de la préserver de l’érosion du temps. Oublier tout, mais pas ça, pas ce fragment, pas cette poussière d’or.

La Stade Français ne gagnera peut-être rien cette saison, le club disparaîtra sans doute des radars dans les mois ou années à venir, mais certains, comme moi, y auront gagner quelques richesses qui ne sont pas cotées en bourse…

Jean-Luc Chovelon

Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailFacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

No comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.