J.O., Rio, hisse et ho…

21 mars 2016
Jean-Luc Chovelon

2015_08_Life-of-Pix-free-stock-photos-sailboat-man-mast-LeeroyRio. Dans l’esprit olympique, ce sont les Jeux, évidemment, dans moins de cinq mois maintenant. Le spectateur n’y est pas encore, mais l’athlète, lui, y est en plein de dedans. Pas sur place, au Brésil, mais dans sa tête. Surtout ces sportifs de disciplines pour qui les J.O. sont des étapes incontournables : l’athlétisme, la natation… la voile. La semaine dernière, à Marseille, plusieurs sélectionnés tricolores du Pôle France Voile étaient présentés lors d’une réception qui tenait à la fois de l’hommage local à ces hérauts qui emmèneront un peu de la région et du pays sur la plage de Flamengo, avec le Corcovado et le Pain de Sucre en toile de fond, mais aussi de l’expression collégiale d’un supportariat sans limite, comme pour leur dire : il ne vous reste plus qu’à ramener la médaille d’or…

Décrocher une sélection pour le Jeux Olympiques est un exercice long et complexe. Cela dépasse bien souvent le cadre d’une seule olympiade, il y a tant d’étapes à franchir avant de faire partie du gratin, d’être éligible à une sélection olympique. Beaucoup de temps, d’énergie, de galères. De bons moments aussi, on doit l’espérer. Alors quand tombe la sélection, la joie et le soulagement sont immenses, évidemment, mais l’affaire est loin d’être terminée. On pourrait même dire que pour ceux dont l’ambition est de gagner, ça commence…

Il y a un mois, j’ai reçu un sms m’informant de la sélection olympique de Julien D’Ortoli et de Noé Delpech, équipage qui représentera donc la France en 49er, un bateau qui ne vogue pas mais qui glisse sur l’eau, aussi léger qu’il est surtoilé. Bref, un engin de malades… Je connais un peu Julien et Noé, on a eu l’occasion d’échanger. A l’automne 2014, lors des Mondiaux ISAF en Espagne, je les appelais tous les soirs lors de la régate pour recueillir leurs impressions et je retranscrivais leurs propos dans le journal du lendemain sous la forme d’un carnet de bord. L’expérience était vraiment intéressante et l’occasion était belle de raconter une histoire de l’intérieur, sous une autre forme que le sempiternel communiqué de presse par trop impersonnel. Dès que j’ai su qu’ils avaient réussi leur pari de gagner leur ticket pour Rio, j’étais vraiment heureux pour eux. Surtout que leur sélection, ils ont du batailler ferme pour l’obtenir. Alors, quand Jean-Bernard Constant, le directeur du Pôle France, m’a invité à cette réception, j’ai sauté sur l’occasion parce que j’avais une question toute simple à leur poser…

Julien D’Ortoli est un gars d’un abord facile et très sympa. Heureux, il l’était évidemment, mais j’avais du mal à savoir comment un athlète ressent ce moment au fond de lui, entre la joie d’avoir gagné la sélection et le stress du travail qui reste à accomplir. Alors je lui ai demandé. Et il m’a répondu sans hésitation : pour lui, c’était un moment d’intense bonheur et il voulait le savourer… Leur programme des cinq prochains mois est un truc de fous, ils vont intensifier les entraînements, les voyages. Tout ça pour dire qu’ils n’iront pas à Rio pour faire du tourisme, que leurs ambitions ne se sont pas arrêtées à leur sélection. Mais pour les sportifs en général et pour eux en particulier, tous les moments de bonheur sont bons à prendre car là se trouve le moteur essentiel de leur motivation. Et pas question de ne pas en savourer chaque miette, chaque seconde, c’est ce qui leur permettra de se repousser un peu plus leurs limites un peu plus tard. Dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois.

J’aime bien ce sens donné au sport, d’apprendre à goûter au bonheur au moment où il arrive, de s’en délecter sans arrière pensée afin d’envisager l’avenir avec un peu plus de couleurs dans le regard et de sourires dans l’effort. Même si la montagne qu’il reste à gravir est immense…

Jean-Luc Chovelon

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