Rugby-de à répétition, le frigo est ouvert

27 novembre 2017
Jean-Luc Chovelon

J’aurais aimé vous annoncer un scoop, de celui qui redonne un peu le moral avant d’entrer dans l’hiver. Pourtant, le changement climatique qui annonce un réchauffement de la planète a, dans le monde du rugby français, une toute autre conséquence : celui du refroidissement incessant, du gel incontinent, de l’annonce d’une ère glaciaire dont nul ne sait, à ce jour, quand et comment on pourra s’en tirer… Oui, je parle du brelan de désillusions que les matchs d’automne nous ont livré (Blacks, Boks, Japs). Alors, avant de s’emparer du sport national qui est de trouver des poutres dans l’oeil du voisin, je vous propose un petit état des lieux, un inventaire du frigo qui nous sera bien utile au moment d’aller faire les courses et ne pas succomber aux chimères des soldes et autres promotions en tout genre. Vous me suivez ?

Le constat est simple : le XV de France est mauvais. Visiblement, de plus en plus. La chose ne serait pas si grave si le décalage avec les attentes n’était pas si grand. Il faut dire que la pompe à fric fonctionne comme jamais, il n’y en a jamais tant eu dans ce monde ovale et là, autre constat tout aussi simple : depuis une vingtaine d’années que le rugby est pro, la volonté des instances dirigeantes de gagner de l’argent a toujours été supérieure à celle de gagner sur le terrain. Non, ce n’est pas pareil même si, de toute évidence, ces deux objectifs sont liés. Et si, aujourd’hui, on parle de crise, c’est bien parce que la perspective de se faire du fric est largement compromise par des performances sur le terrain par trop mauvaises.

Panne de chauffage

De façon évidente et récurrente, dans ce genre de situations, le premier réflexe de chacun des acteurs de cette chaîne du froid est de tirer la couverture pour lui. Et sincèrement, si l’on considère les arguments de tout un chacun, personne n’a vraiment tort. Les joueurs sont insuffisamment préparés physiquement et techniquement, le staff n’a pas les mains libres, les dirigeants fédéraux souffrent de l’état calamiteux du chantier laissé par leurs prédécesseurs, le championnat domestique ne permet plus aux talents tricolores d’éclore malgré une formation top-moumoute, la Ligue fout le bordel, etc. Et chacun de trouver chez les autres de multiples raisons à son incompétence. Le phénomène est rodé : les reproches tournent en rond jusqu’à ce que soit trouvé un bouc-émissaire qui stigmatise le mal-être général (l’arbitre joue ce rôle assez régulièrement) ou un fusible à remplacer (l’entraîneur, le staff voire même, en cas de crise majeure, certains dirigeants). Et de repartir par la suite dans cette ronde glaciaire sans que personne n’ait jamais aussi à remettre le chauffage en marche.

Alors quoi ? Quelles solutions ? Je vais vous livrer un secret. Approchez un peu que je vous parle à l’oreille… Il-n’y-en-a-pas. Dans l’état actuel des choses, non, il n’y en a pas. La raison de ce déni est évidente : la situation actuelle du rugby français ne permet pas de modifier en profondeur un fonctionnement qui amènerait une amélioration durable. Bien sûr, des solutions momentanées sont envisageables, de celles qui permettraient au XV de France de faire illusion à court terme avec des performances dont chacun des acteurs se délecterait jusqu’à la moelle… Mais pour ce qui est d’une performance durable, il faut avant tout prendre du recul, ce qui est actuellement impossible. A cause des freins économiques pour commencer qui aveuglent tout ce beau monde.

Inventer…

Quoi faire alors ? Peut-être faut-il commencer par remettre tout ce système en cause. Ça, il n’y a bien que des dirigeants courageux qui peuvent le faire. Des personnes libérées des contraintes financières et possédant la rare qualité d’être visionnaires. Ensuite, il faut faire appel à des personnes compétentes qui n’ont jamais appartenu à ce cercle vicieux. Histoire d’apporter des solutions extérieures. Oui, un manager étranger par exemple, afin de briser cette auto-suffisance que la consanguinité révèle. Bref, inventer…

Mais l’invention n’est possible que lorsque les conditions pour trouver quelque chose sont réunies. On ne sait pas encore ce qu’on va trouver mais on se met en condition pour découvrir. On appelle ça la sérendipité. Je vous en reparlerai un autre jour, quand vous serez sage et, surtout, quand vous aurez dessaoulé…

Jean-Luc Chovelon

NB : Pas un mot sur la victoire des tennismen français en Coupe Davis. Désolé. Si j’ose un jeu de mots, puisse la bande à Noah nous en donner quelques unes, de vis, pour oeuvrer à la reconstruction de notre XV national, il ne manquerait plus que les clous, les planches, le béton…

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2 Comments. Leave new

Les solutions existent, mais aussi “le système” pervers et meurtrier qui, tant qu’il perdurera, interdira à ces solutions d’émerger. Ce système qui permet l’arrivée à la présidence de la Fédération d’un homme qui a des intérêts privés avec un club de l’élite; ce système qui en ouvrant les frontières trop largement pour soi-disant garantir le spectacle (et les recettes) a fermé les portes de la promotion tricolore et de la formation des jeunes. Ce système qui organise, au cours d’une “tournée” automnale, une rencontre “bis” entre une France “bis” et des Néo-Z “bis” pour remplir un stade, faire du pognon, avant même que de se dire qu’on ferait bien d’avoir de l’attention pour ces joueurs “bis”. On pourrait en rajouter des tonnes sur les côtés malsains du système. Ce serait peut-être comme pisser dans un violon pour faire de la musique. L’espoir ? il vient d’ailleurs. D’Ecosse, par exemple, avec une sélection qui est restée dans années dans le trou et qui revient en haut de l’affiche. D’Irlande, aussi! Mais eux ont toujours été des guerriers, même dans les pires heures. Il est là, peut-être, l’espoir. A condition de prendre le taureau par les cornes et faire du ménage. On peut toujours rêver ! En attendant, pour le tournoi des six nations qui s’annonce, il faut porter des tonnes de cierges à la Vierge de la Garde et croire au miracle. Parce-que vu les perfs réalisées de l’autre côté de la Manche, pendant la tournée internationale qui vient d’avoir lieu, par les XV de la perfide Albion, nos bleus peuvent en avoir (des bleus) plein les fesses au printemps prochain. Qui vivra verra…

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Moi je préfère que la réussite soit liée à des victoires, à un palmarès, à un mode de vie et non liée à la richesse, au chiffre d’affaires
Hervé

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